L’arabisation du peuple berbère, interview du professeur Iram Amilcar Feres

5 Giu

Dans le vaste territoire connu sous le nom du “monde arabe” comprenant 22 pays , existe de nombreux groupes appartenant à l’ethnie berbère. Ces berbères courent le risque de perdre leur propre identité.

Iram Amilcar Feres est professeur de littérature française à l’université d’Ibn Charaf à Tunis, elle parle cinq langues, mère de deux filles, et sa famille est d’origine berbère. Au delà de ses connaissances académique, Iram affronte personnellement le problème de l’arabisation de son peuple.

Manuela Garreffa: Peux-tu nous raconter l’origine du problème de l’arabisation?
Iram Amilcar Feres: Pour nous, les berbères, qui nous nous faisons appeler “Amazigh” ce qui signifie “hommes libres”; le problème commença au septième siècle avec les invasions arabes; ce fut une rencontre culturelle difficile, étant donné que nous étions un peuple hébreux et chrétien, et voilà qu’arrive cette nouvelle religion l’Islam, qui venait à l’encontre de nos habitudes et nos traditions.
M. G: il y avait aussi une autre différence importante, celle du matriarcat à l’encontre du patriarcat, est ce vrai?
I. A. F: Oui, nous avons toujours été un peuple matriarcale depuis des milliers d’années, ce qui veut dire que le pouvoir politique et économique était culturellement aux mains des femmes. Depuis la reine Didon de Carthage jusqu’à la dernière reine berbère la kahina, ce qui veut dire la profetesse. En contre partie, les arabes arrivèrent avec ce nouveau système patriarcale machiste, bref nous n’avions rien en commun.
M.G: Y-a-t-il eu des affrontements directes sur le territoire tunisien?
I.A.F: Nous avons résisté du mieux qu’on pouvait, mais nous sommes un peuple pacifique, sans réelles expériences de guerre. Donc l’arabisation avec l’islamisation s’est peu à peu installé .
Kahina, de son vrai nom “Dhia” ce qui signifie femme lumière avait mené la résistance comme une lionne, c’était une reine guerrière, meilleure cavalière de l’Afrique du nord. Elle fut à l’origine du personnage de Xena. Mais à la fin, voyant les arabes gagner du terrain, elle incendia les champs d’oliviers et mena un dernier combat épique au cours du quel elle mourut en combattant. Plus tard, les arabes, pour ternir son image ont fait courir la rumeur selon laquelle elle se serait enfuie, mais ce ne fut qu’un mensonge ridicule.
Les berbères tunisiens, comme je le disais, sont un peuple très pacifique, nous sommes devenus musulmans, mais ce ne fut pas assez pour les arabes au pouvoir, et ils commencèrent a supprimer toute trace de notre identité. On ne pouvait plus parler “amazigh”, l’alfabet berbère dit “Tifinagh” fut lui aussi prohibé, beuacoup de manuscrits perdus, brulé et à chaque nouvelle génération, l’identité berbère se perdait de plus en plus.
M.G: existe-t-il un mouvement de résistance berbère?
I.A.F: En Algérie et au Maroc, la résistance était beaucoup plus féroce, des zones entières furent épargnées, ne parlent pas l’arabe et sont restées encore des chrétiens. Mais en Tunisie, le plus petit pays de l’Afrique du nord, la résistance fut faible et on a tous fini par croire au mensonge de l’arabisation, oublions qui nous étions. j’ai honte de dire que je parle 5 langues mais que j’ignore celle de mes origine le “chelha” qui est le dialecte berbère tunisien.
Mais certains villages, d’où leur emplacement géographique difficilement accessible, furent épargnés et ont pu résister. Que se soit dans les montagnes enneigées ou dans les villages troglodytes sculptés dans les montagnes du désert, tel “Douiret”, “Chenini”, “Sened”. Où l’on parle encore le berbère et où le temps semble parfois s’être arrêter.
Nous sommes aussi resté un pays matriarcale, la mère est au centre de la famille, elle commande et gère l’économie de tous, ses fils et leurs familles compris.

L’ironie veut que même Ben Ali, l’ex président, ne fut qu’un pantin dans les mains de se femme, était elle qui gouvernait le pays, se voyait avec les ministres et gérait l’économie, en volant par ci et par là.
Beaucoup de personne ne veulent rien savoir de la lutte pour retrouver notre identité, car ils nous ont fait croire que l’arabisation allait de pair avec l’Islam. Renier l’arabe équivaudrait à renier l’islam. Une sorte de chantage moral et religieux honteux ma foi! mais qui marche à merveille hélas!


M.G.: Dans quelles zones parle-t on la langue berbère?

I.A.F.: Il existe nombreux dialectes berbères, au moins une trentaine.
Au Maroc, il y a le “tachelhit” (ou chleuh) parlé par les Chleuhs dans le hau tatlas et l’anti- atlas au sud, c’est le dialecte berbère le plus parlé au Maroc.
Le “tamazight” au Maroc central.
Le tarifit (ou rifain) parlé par les habitants du Rif.
En Algérie il y a le “chaoui”, le “kabyle”, le “chinoui”, le “mozabite” et encore d’autres.
En Tunisien nous avons seulement le “chelha”.

Les Touareg aussi sont des berbères.
M.G: La communauté chrétienne au niveau internationale ne vous soutient-elle pas?
I.A.F: la communauté chrétienne n’a désormais plus rien à récupérer après le pillage par la colonisation. Il n’y a aucun avantage à aider les berbères chrétiens et peut être qu’ils ont aussi peur de déclencher des guerres civiles dans des endroits où les leaders sont amis des gouvernements européens.sauf si bien sur , ils ont un intérêt a vouloir renverser tel ou tel gouvernement, là ils useraient du prétexte chrétien, comme se fut le cas avec le Soudan.
A vrai dire, ici, il n’y a pas d’arabes, une fois ils ont conquis le territoire, il n’en restèrent que peu pour gouverner, mais on est tous des berbères arabisés, du moins c’est le cas de la Tunisie.
En Algérie, la Kabylie se rebelle de pus belle, avec des émeutes et des rebellions contre le gouvernement.

Au Maroc, le roi fut intelligent en déclarant dans le premier article de la constitution que la langue berbère est la langue officielle du pays, calmant ainsi les esprits.

M.G: Parlons encore de votre culture: l’esprit de groupe domine celui de l’individualité n’est-ce pas?
I.A.F: Oui, se sont les femmes qui tirent les ficelles, et la culture est essentiellement basée sur les fêtes les festins où l’on mange, ce qui peu parfois devenir lourd à cause des innombrables célébrations et l’obligation sacrée d’y assister.
Dans les villages se sont encore les femmes qui travaillent et gèrent l’économie familiale, elles sont des cultivatrices entre autre , les hommes ne servant presque à rien, gardent le troupeau et passent le reste du temps dans les cafés a jouer au fameux jeu ancestrale “la kharbga” qui ressemble au jeu de dame.
Tan-disque les femmes travaillent. Et c’est la plus âgée qui est considérée la plus sage et elle est consultée par tous.
Le matriarcat des villes se manifeste quand le mari salarié donne tout son salaire à sa femme et reçoit d’elle son argent de poche quotidien.
c’est une culture basée sur la nourriture, manger avec quelqu’un est presque un rituel sacré, refuser est considéré presque une insulte. Et durant les fêtes tu dois forcement manger , si non gare à to.
Dans les villes, les noyaux familiaux évoluent autour de la belle-mère, ses enfants, leurs femmes, leurs progénitures se plient au bon vouloir de la Mère. La figure maternelle est sacrée , parfois dépassant même les lois religieuses. la belle-fille est souvent plus proche de sa belle-mère que sa propre fille, car c’est elle qui après la mort de la matriarche prendra la relève, la plus âgée des belle-filles évidemment. Elle aura les clés de la maison et des coffres, elle gérera à son tour tout son petit monde, mari, enfants, beaux frères et belles sœurs.

Les fêtes sont longues et couteuses, surtout celle du mariage, mais on te crée aussi des fêtes inutiles: pour le retour du pèlerinage, pour un diplôme , des fiançailles, la circoncision, etc. La fête bien sur durant laquelle tu dois manger, si non c’est considéré signe d’hostilité et de mépris.
La vie dans les village est plus dure pour les femmes, parce qu’elles travaillent la terre et la laine, celle des villes par contre font de la broderie et de la dentelle et si elles ne travaillent pas en dehors de la maison, elles gèrent l’argent marital e filial. c’est parfois fort probable qu’on demande l’avis de la mère pour l’acquisition d’un objet ou d’un bien, elle peut accepter ou refuser, ce qui s’apparenterait à une tyrannie maternelle, fort heureusement en baisse de plus en plus.
Dans la société moderne le pouvoir maternel est diminué à cause de indépendance des couples et leur éloignement du noyau central.
Il reste néanmoins les fêtes et les mariages pour faire revivre les traditions. Cette effervescence festive pourrait avoir comme origine la détermination des berbères de conserver leur mode de vie et leurs coutumes malgré les invasions qu’ils ont subies par delà les siècles: romains, arabes, espagnols etc. S’ils n’avaient pas tenus, peut être que certaines coutumes auraient elles aussi disparues.
M.G: Quelle sont les activités artisanales typiquement berbères et y en a -t-il qui sont considérées artistiques ou sacrées?

 

I.A.F:A Sejenene, village berbère du nord, les femmes travaillent la céramique et la poterie, elles font aussi du tissage, des tapis , des vêtements en laine, des couvertures.
Le tatouage a une place très importante dans la culture, avant, toute femme devait être tatouée, elles portaient sur leurs visages les symboles de leurs tribus et rendaient reconnaissable le groupe auxquelles elles appartiennent , coutume rare de nos jours.

Les bijoux aussi ont une place importante,ils doivent recouvrir la totalité du corps,même les vêtements, le front, les cheveux, les poignets, les chevilles. On porte des colliers, des bracelets, toujours en nombre impairs: 3, 5, 7… afin de chasser le mauvais œil. Existe aussi la main de fatma contre les mauvais esprits et le mauvais œil.
Les tisseuses sont considérés de ferventes ouvrières qui soutiennent la famille, quant aux celles qui font de la poterie,on les considère plutôt en tant qu’artistes, tatoueuse comprises.
M.G: Parlons des autres différences entre les deux cultures arabe et berbère: le divorce existe bien dans le Coran, ce qui n’est pas le cas dans la Bible, qu’en est-il pour vous? Je remarque aussi que chaque peuple se vêtit selon son climat, le visage de la femme est recouvert selon les cas afin de se protéger du vent de sable saharien?


I.A.F: Voilà, tu l’as dit, dans le nord, la femme berbère ne ne se voile pas, à chaque région géographique son habillement, mais si on veut parler du foulard islamique, c’est une histoire à part, très controversée d’ailleurs et interprétée selon les individus. Les  islamistes vont dire que les cheveux de la femme sont provocants. En tout cas, la femme berbère ne se couvre pas, à moins qu’elle veuille se protéger des intempéries.

Le vêtement berbère par excellence c’est le “Burnous” une sorte de manteau hivernal de pure laine, tout fait à la main, même la préparation de la laine en soit.
Oui, nous les berbères nous divorçons, ma grand-mère l’a fait quatre fois , en se remariant à chaque fois avec un homme plus jeune qu’elle.
M.G: Parle moi des traditions préislamiques qui se sont maintenues, celles que tu considères les plus importantes, danses ou commémorations religieuses…


I.A.F: Nous avons une fête païenne très importante qui est “le stambeli” les femmes se réunissent de nuit font venir des musiciens avec des tam tam africains et dansent toute la nuit comme des folles afin de chasser ou d’invoquer les esprits en entrant dans une sorte de transe , c’est une fête africaine par excellence. je m’en rappelle vaguement car les enfants n’étayent pas autorisé a y assister, car le publique en transe était spectaculaire et impressionnant. cela se faisait surtout quand on voulait libérer quelqu’un du mauvais œil ou d’un sortilège. Le personnage central du Stambeli était un homme masqué vêtu de peux d’animaux tenant dans ses mains des castagnettes et qui menait la danse, c’est “Bou Saadia” le symbole du Stambeli. cette fête païenne existe aussi chez les berbères hébreux et chrétiens, elle est antérieure à toutes les religions vu que tous la célèbrent. elle existe jusqu’à nos jours, le groupe le plus fameux c’est la famille “Gnawa” qui font du stambele depuis des générations.
Pour ce qui est des symboles religieux je peux t’en citer deux exemple. Le poisson qu’on accroche sur les portes d’entrées pour tenir éloignés les mauvais esprits, c’est un héritage chrétien vu que le poisson représente le christ, existe aussi dans les villes, comme pendentifs dans des colliers ou autre.

On a aussi le culte de la Madonne, chaque année au mois d’Aout, on la faisait sortir faire un tour en ville et elle rentrait après quelque semaines en église (En Tunisie la liberté du culte est sacré). Un peu comme pour ouvrir et clôturer la saison estivale. maintenant, l’islam interdisant la représentation physique des personnages sacrés, on ne montre plus la statue de la Madonne, mais on s’en donne délibérément à festoyer l’événement avec de la musique, des parades, des majorettes, un vrai carnaval. Il en existe un dans la vile côtière de Sousse appelé Carnaval d’Awesso,et un autre à Tunis dans la citè de la Goulette où vivait jadis en harmonie les trois religions , hélas séparées après la seconde guerre mondiale.Cette dernière procession s’appelait “la sortie et le rentrée de la Madonne” Et une fois la Madonne rentrée, c’est extraordinaire, la mer n’est plus la même, les habitant de la ville ne vont plus se baigner, comme si la mer n’entait plus protégée… c’est étrange en effet , les méduses envahissent l’eau et le vent tourne au froid.
– Avec cette image invocatrice nous concluons notre interview. Merci.

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4 Risposte to “L’arabisation du peuple berbère, interview du professeur Iram Amilcar Feres”

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